De la pierre au regard, de la tradition à sa réactivation contemporaine, César Malfi inscrit ici sa première lithographie dans une continuité historique exigeante, où le médium lui-même engage une mémoire du geste et de l’image.


Dessinée sur pierre, la lithographie convoque d’emblée un rapport académique à l’histoire de l’art, appelant une figure à la hauteur de cette inscription matérielle et symbolique. C’est ainsi que l’artiste choisit de faire renaître un mythe, celui de la Vénus, dont la résonance traverse les siècles et les regards.

De la Vénus d’Urbino de Titien à l’Olympia de Édouard Manet, cette figure s’est déplacée d’un idéal de beauté silencieuse vers une présence incarnée, consciente et frontale, inscrite dans une réalité sociale et symbolique. César Malfi orchestre ici la rencontre de ces deux visions en proposant une scène intérieure où la Vénus académique semble observer sa propre transformation à travers le regard moderne qu’incarne Olympia, comme si l’image originelle assistait à sa métamorphose dans le temps et dans la perception du spectateur.

Dans cette tension entre héritage et réinterprétation, l’artiste introduit son propre langage plastique, issu du graffiti, où la ligne libre, les interventions à la bombe aérosol et les fragmentations viennent dialoguer avec la rigueur du dessin lithographique. Chaque tirage devient alors un espace d’intervention singulier, rehaussé à la bombe de manière unique, réintroduisant dans la reproductibilité du médium une part d’imprévu, de geste et de présence.

Réalisé dans un atelier parisien emblématique ayant accueilli des figures majeures telles que Pablo Picasso, Joan Miró, Ernest Pignon-Ernest ou JR, ce projet prolonge une histoire tout en l’ouvrant à une écriture contemporaine où la pierre, la bombe et le regard s’unissent pour donner naissance à une œuvre à la fois ancrée et en mouvement, où le mythe se recompose à chaque lecture.

